
Sophie, 38 ans, m’écrit : « Je sais que mon partenaire me trouve belle. Mais quand on fait l’amour, je n’arrive pas à me lâcher. Je surveille mon ventre, j’éteins la lumière, je pense à ce qu’il voit plutôt qu’à ce que je ressens. Le plaisir passe au second plan. » Sophie n’est pas seule. Cette expérience, je l’entends chaque semaine dans mon cabinet.
L’image corporelle — c’est-à-dire la façon dont vous percevez, ressentez et évaluez votre propre corps — est l’un des facteurs les plus puissants et les plus méconnus de la vie sexuelle. Pourtant, elle est rarement abordée dans les consultations médicales ou dans les livres sur la sexualité.
Cet article vous propose de comprendre ce lien, de reconnaître comment il se manifeste dans votre intimité, et d’explorer des pistes thérapeutiques concrètes pour vous réconcilier avec votre corps et retrouver du plaisir.
Qu’est-ce que l’image corporelle, exactement ?
L’image corporelle ne se résume pas à ce que vous voyez dans un miroir. C’est une construction psychique complexe qui intègre :
• La perception de votre corps (ce que vous croyez voir)
• Les émotions associées à votre corps (honte, fierté, indifférence, dégoût)
• Les pensées et croyances sur votre corps (« je suis trop grosse », « mon ventre est hideux »)
• Les comportements que cela génère (évitement du miroir, refus de certaines positions, sexualité dans l’obscurité)
Ce que la recherche montre de façon constante, c’est que l’image corporelle est largement déconnectée de la réalité physique. On peut avoir un corps correspondant aux standards esthétiques dominants et souffrir d’une image corporelle profondément négative. Et inversement. Ce qui compte, c’est le rapport subjectif à son corps — pas le corps objectif.
Comment l’image corporelle affecte-t-elle la sexualité ?
1. L’auto-surveillance pendant les rapports
La chercheuse Zindel Segal a décrit ce phénomène sous le terme de « spectatoring » : pendant l’acte sexuel, une partie de vous se détache et observe votre corps de l’extérieur, comme un critique. Vous pensez à votre ventre qui dépasse, à vos cuisses, à l’angle sous lequel votre partenaire vous regarde.
Cette dissociation a un coût direct sur le plaisir : elle vous sort du moment présent, du ressenti corporel, de la connexion avec l’autre. Le désir se refroidit, l’orgasme devient difficile à atteindre, et l’intimité se transforme en performance anxieuse.
2. L’évitement de l’intimité
Pour certaines personnes, la honte corporelle conduit à éviter tout simplement la sexualité. On repousse les avances du partenaire, on multiplie les prétextes, on attend d’avoir « perdu du poids » ou « remis en forme » pour autoriser de nouveau l’intimité. La vie sexuelle devient conditionnelle à un corps idéal qui n’arrive jamais.
3. L’inhibition du désir
Le désir sexuel est intimement lié au sentiment d’être désirable. Quand vous ne vous sentez pas désirable — indépendamment de ce que ressent réellement votre partenaire — le désir s’étiole. Ce n’est pas un manque de libido au sens hormonal. C’est une inhibition psychologique profonde.
4. L’impact sur la communication dans le couple
L’image corporelle négative crée souvent un tabou dans la relation. On n’ose pas dire à son partenaire que l’on souffre de son regard, ni que certaines positions ou certaines lumières sont insupportables. Ce silence génère des malentendus : le partenaire peut interpréter le retrait comme un manque d’amour ou d’attrait, là où c’est une souffrance personnelle qui s’exprime.
D’où vient une image corporelle négative ?
L’image corporelle se construit dès l’enfance et se consolide à l’adolescence, sous l’influence de nombreux facteurs :
• Les messages familiaux sur le corps (commentaires sur le poids, comparaisons entre frères et sœurs)
• Les expériences de moqueries ou de harcèlement scolaire
• Les images véhiculées par les médias et les réseaux sociaux
• Les expériences de rejet affectif ou sexuel
• Les violences ou abus subis (le corps comme lieu de danger)
• Les maladies, opérations, changements corporels importants (grossesse, ménopause, prise de poids)
Ces expériences laissent des empreintes. Elles ne définissent pas votre valeur, mais elles expliquent pourquoi changer son image corporelle demande un travail profond — et pourquoi ce travail est possible.
Les pistes thérapeutiques pour réconcilier corps et sexualité

La thérapie sexologique centrée sur l’image corporelle
En tant que sexologue et thérapeute de couple, j’aborde l’image corporelle comme un axe thérapeutique central. Cela passe par un travail d’identification des croyances limitantes sur le corps, de compréhension de leur origine, et de reconstruction progressive d’un rapport plus bienveillant à soi.
Les exercices de pleine conscience corporelle (mindfulness)
La mindfulness appliquée à la sexualité consiste à réapprendre à habiter son corps de l’intérieur, à se concentrer sur les sensations plutôt que sur l’apparence. Des exercices simples — comme la conscience du souffle, le balayage corporel, ou des exercices de focalisation sensorielle — peuvent transformer progressivement le rapport au corps pendant l’intimité.
Le travail sur la honte
La honte corporelle est souvent au cœur du problème. Elle se nourrit du silence et du secret. La mettre en mots, en thérapie individuelle ou de couple, est souvent une étape libératrice. La honte perd de son emprise quand elle est nommée, reconnue et accueillie sans jugement.
L’implication du partenaire
Quand la relation le permet, inclure le partenaire dans le processus thérapeutique est précieux. Non pas pour qu’il « rassure » (ce qui ne fonctionne pas sur le long terme), mais pour qu’il comprenne ce que vit l’autre, et pour construire ensemble un espace d’intimité sécurisant.
FAQ
Est-ce que l’image corporelle négative est la même chose qu’un trouble de l’image du corps (dysmorphophobie) ?
Non. Une image corporelle négative est très répandue et ne constitue pas un trouble psychiatrique en soi. La dysmorphophobie (trouble dysmorphique du corps) est un trouble spécifique caractérisé par une préoccupation intense et envahissante pour un défaut physique perçu, souvent imperceptible pour les autres. Si vous ressentez une souffrance intense et persistante liée à une partie de votre corps, un bilan avec un professionnel de santé mentale est recommandé.
Est-ce que changer son image corporelle demande forcément de perdre du poids ?
Absolument pas. L’image corporelle est une construction psychologique, pas physique. Des personnes qui ont perdu du poids significatif continuent de souffrir d’une image corporelle négative. À l’inverse, un travail thérapeutique permet de transformer le rapport au corps sans que celui-ci change physiquement. C’est précisément tout l’enjeu.
Mon partenaire me dit que je suis belle/beau. Pourquoi est-ce que ça ne suffit pas ?
Parce que l’image corporelle n’est pas une question de regard extérieur, mais de regard intérieur. On peut entendre des compliments et ne pas les croire, ou les croire intellectuellement sans les ressentir émotionnellement. Le travail thérapeutique vise à reconstruire ce regard intérieur — et c’est un travail qui vient de vous.
À partir de quand faut-il consulter ?
Dès que votre rapport à votre corps génère une souffrance dans votre vie intime ou dans votre quotidien, une consultation est pertinente. Vous n’avez pas besoin d’attendre d’être « assez mal » pour chercher de l’aide.
Vous vous reconnaissez dans cet article ? Une première consultation, en cabinet ou en ligne, peut être le point de départ d’un changement durable. Je vous accompagne avec bienveillance, sans jugement, dans un espace sécurisé.
Sources Images :
Photo de Andrea Piacquadio
Photo de SHVETS production
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